Samedi, pendant que vous étiez tous en manif, Andrej Karpathy a demandé à Claude de lui fabriquer un YouTube à partir de toutes les merveilleuses vidéos que les gens se recommandent sur HackerNews et ça
a donné naissance
à
HackerTube
. Déjà rien que ça c'est top !
Mais moi ce qui m'a encore plus c'est que le lendemain Roansh a fait pareil avec les bouquins en laissant Claude coder
HackerBooks
.
Et voilà comment on se retrouve avec une bibliothèque de 15 766 livres tirés de 281 363 mentions HN publiées depuis 2007. Et un livre n'y figure que s'il a été cité par au moins 2 personnes différentes. Ensuite chaque fiche renvoie aux commentaires qui en parlent et il y a même des suggestions à la "For You" qui vous fait des propositions raccord avec vos goûts selon ce que vous avez ouvert comme fiche.
Ensuite, l'IA a fait un tri pour distinguer les citations des recommandations. Par exemple The Art of Computer Programming de Knuth cité par 1 125 personnes mais recommandé par 336, alors que How to Win Friends and Influence People de Dale Carnegie en compte 579.
Y'a même Mein Kampf, le livre préféré de ceux qui ont été bercés trop prêt du mur, qui a été cité (je pense pour la blague) par 535 personnes mais a été fièrement recommandé quand même par 15 personnes.
Bien sûr, on ne peut pas télécharger les livres gratuitement dessus. Ça renvoie vers Amazon et compagnie. Mais ça permet de prendre un petit peu la température sur les classiques, organisés dans différentes rubriques comme fiction, programmation, mathématiques, philosophie, fantaisie, etc.
Et si votre livre préféré manque à l'appel, ou si Claude l'a confondu avec un autre, n'hésitez pas à le signaler à roansh
Je suis rentré de vacances hier et je pensais me remettre rapidement à écrire mais de l'administratif en retard en a décidé autrement... Mais peu importe, d'autres ont des soucis plus importants, vous allez voir...
En effet, ce 1er novembre, à 22 h 47 précisemment, l'appli ukrainienne Air Alert, utilisée pour alerter les Ukrainiens afin qu'ils se mettent à l'abri, s'est mise à envoyer n'importe quoi !! Alerte aérienne critique sur tout le pays, et pour les habitants de Kiev en cadeau bonus une menace radiologique, une attaque chimique et des combats de rue.
L'un des messages, écrit en russe, annonçait même une alerte nucléaire imminente en ajoutant que c'était l'Oreshnik, un missile russe, qui arrivait... brrrrr les gens ont du tellement flipper. D'après un communiqué ukrainien relayé par la BBC, le signal "radiation" s'est aussi déclenché sur des haut-parleurs de la région de Lviv au nord de l'Ukraine. Heureusement, très rapidement les développeurs ont coupé les notifications push et ont suspendu l'appli.
Les alertes (écrites en russe !!) reçues par les Ukrainiens (source : BBC)
Quelques heures plus tard, tôt ce matin, c'était au tour du ministère russe des Situations d'urgence d'annoncer une "cyberattaque massive" sur sa propre appli. D'après le
Kyiv Post
, ces fausses alertes parlaient d'ogives nucléaires lancées vers toutes les régions de Russie. Elles sont aussi apparues sur des canaux régionaux du ministère sur Max,
la messagerie soutenue par l'État
.
Donc voilà, grosse nuit de frayeurs pour tous les civils russes et ukrainiens...
Alors qui se trouve derrière ces hacks ?
Hé bien d'après l'
Associated Press
, un des faux messages ukrainiens citait un groupe baptisé Hitcore, et Mash, une chaîne Telegram russe liée aux services de sécurité. L'AP a échangé avec l'un de ses représentants, qui a revendiqué l'attaque. Côté russe, la BBC rapporte que le média ukrainien UNN cite Atesh, un groupe de partisans ukrainiens qui serait à l'origine de l'opération mais rien de tout ça n'a pu être vérifié.
Quant au "comment", on n'en sait pas plus...
Les dev d'Air Alert parlent de
personnes non autorisées
, le ministère russe d'une vulnérabilité de son appli mais chacun assure par contre que l'essentiel a tenu... Heureusement, en Ukraine, l'appli est séparée des systèmes de commandement militaire, et pour le ministère russe, ce n'est qu'un service annexe à côté des sirènes et des SMS.
Du coup, je me suis demandé : Et en France, ça se passe comment ?
Ici,
FR-Alert
fonctionne depuis juin 2022 et vous n'avez rien à installer. C'est le ministère de l'Intérieur ou une préfecture qui déclenche l'alerte via un système dont le
partenaire technologique est Intersec
, et ce sont ensuite les antennes des opérateurs qui la diffusent sur un canal radio dédié, avec au besoin des SMS géolocalisés en complément. Le message s'affiche alors en quelques secondes, même sur votre téléphone verrouillé, sauf s'il est éteint ou en mode avion.
Comme ce n'est pas une application, il n'y a donc pas de notifications push à détourner. Mais le système n'est pas infaillible pour autant... le Brésil, qui a un système similaire au notre, s'est fait hacker en juin et une dizaine de fausses alertes sonores sont parties mentionnant entre autre une "invasion extraterrestre"... L'alerte a réveillé plusieurs villes soit environ 30 millions d'habitants, d'après l'
Agência Brasil
.
Putain, j'imagine pas ma tête à 3h du mat avec une alerte comme ça sur mon téléphone qui me dit que les aliens ont débarqué...
D'après des documents de la Défense civile transmis à la police fédérale et publiés par
Metrópoles
, les messages sont partis de la plateforme officielle, l'Idap, avec les identifiants de deux agents de la Défense civile du Pará, et avec des indices que la plateforme les a laissés viser des villes hors de leur zone. Ensuite, fin juin, le gouvernement Brésilien a alors coupé l'accès externe à la plateforme et
imposé un second facteur
d'authentification. Ouf !! J'espère que chez nous, y'a une 2FA en place aussi là dessus... CE SERAIT BIEN, HEIN !
Le canal radio à l'ancienne a aussi sa faiblesse, mais elle reste locale puisqu'en 2019, des chercheurs de l'
université du Colorado
ont montré en labo qu'une fausse antenne pouvait diffuser une fausse alerte présidentielle américaine. Selon eux, avec des émetteurs du commerce, ça toucherait environ 90 % des téléphones à portée de la surface d'un stade.
Donc voilà... je ne dis pas que ça n'arrivera jamais, ça peut arriver. En plus, comme ces alertes peuvent embarquer un lien, vaut mieux vérifier avant de cliquer.
Vous cherchez sur Google (ouais à l'ancienne) comment faire un peu de place sur votre ordi parce que votre disque est déjà plein. Et bizarrement, le premier résultat de recherche c'est une conversation partagée de ChatGPT hébergée sur le vrai site d'OpenAI, avec des étapes bien propres et une commande à coller dans le Terminal afin de libérer un peu d'espace disque.
Sauf que ce tuto, hé bien c'est pas un vrai tuto made in korben.info, non, c'est une conversation avec une IA sur un domaine légitime (chatgpt.com) qui va vous pousser à installer un affreux malware. Et n'allez pas croire que c'est de la science-fiction, c'est exactement ce qu'a vécu une victime dont les
analystes de Huntress
ont traité l'infection début décembre 2025. La commande présente dans ce tuto a installé AMOS, un voleur de données qui a dérobé son mot de passe admin, les droits root, et s'est incrusté sur l'ordi pour ensuite tout capter.
Source de l'image : Huntress
C'est l'attaquant lui-même qui a créé cette conversation, l'a partagée en mode public et ensuite l'a fait remonter dans Google avec un peu de SEO pour que ça ressorte dans les premiers résultats de recherche. Et la même combine a également été observée sur Grok.
Voilà, donc l'arnaque ici c'est que l'interface est authentique (c'est une vraie conversation), mais ce qu'elle raconte a été forgé par un cyber-escroc.
Et ça ce n'est qu'un exemple de toutes ces attaques boostées à l'IA qui commencent à se multiplier et qui sont très créatives !
Le piège de la commande à copier coller
Autre exemple, entre avril et juin 2026, dans ce
rapport de TrendAI
on découvre une campagne de pubs Google qui a d'abord mené vers de fausses pages de téléchargement, puis vers des conversations Claude partagées (dont l'une s'intitulait "Clearing disk space on macOS") et qui aurait fait +2000 victimes. Le scénario est à peu près le même avec un Terminal à lancer, une commande à coller, et le malware MacSync qui s'installe pour voler les "secrets" de l'utilisateur. Heureusement, Anthropic a banni les comptes et désactivé ces conversations dès que l'affaire a été découverte.
Source de l'image : TrendAI
De son côté,
ESET
, qui surveille énormément toutes ces attaques d'un nouveau genre, regroupe sous le nom d'AI-fix ces pages publiées sur le domaine d'un service d'IA, permettant de diffuser des virus. L'entreprise slovaque est même tombée sur une fausse pub Google Ads pour Homebrew menant à la catastrophe pour tous ceux qui s'aventuraient à recopier les commandes sur leur ordinateur. Apple a heureusement bien réagi de son côté puisque depuis macOS 26.4, le système analyse les commandes collées dans le Terminal avant de les exécuter. Ouf !
Toutefois,
Jamf Threat Labs
a documenté en avril une variante qui contourne le Terminal à l'aide d'une fausse page "pour récupérer de l'espace disque" (toujours le même sujet "appât") qui ouvre, quand on clique sur un bouton, l'Éditeur de scripts de macOS avec un script vérolé déjà chargé. Comme ça y'a rien à copier, mais juste à lancer... Argh !
Source de l'image : Jamf Threat Labs
Donc le réflexe ne change pas, hein... Si une commande ou un script sort d'une conversation, d'un forum ou d'une page web, même si ça vient de chez ChatGPT (SURTOUT si ça vient de ChatGPT), on ne l'exécute pas sans savoir ce qu'il fait !!
L'arnaque ClickFix
Sous Windows, c'est à peu près le même piège mais via une autre porte d'entrée. Quand vous avez un OS de Microsoft, la page vous demande également de copier et de coller une commande mais cette fois, au choix, dans la fenêtre Exécuter (Windows + R), dans Windows Terminal ou dans PowerShell. Microsoft décrit cette technique, baptisée ClickFix, dans
un billet de son blog sécurité
. Cette "arnaque" simule même parfois de faux captchas vous incitant à lancer des lignes de commande pour accéder au contenu. Et c'est sûr que quand on a l'habitude de zapper des captchas à la vitesse de l'éclair et qu'on ne connait rien en ligne de commande, la manip est vite faite malheureusement ! Bref, parlez-en autour de vous.
Les pages d'IA servent donc de décor là à tout ça.
Push Security
a même décrit en mai 2026 une fausse panne de ChatGPT, conçue à l'aide de la fonction de rendu de code et donc hébergée sur chatgpt.com. On n'y voit que du feu et ça renvoyait vers un faux site de téléchargement avec des boutons macOS et Windows histoire de récupérer les bonnes lignes de commande. Parfois, c'est même un GPT personnalisé avec lequel on peut discuter, hébergé sur ChatGPT.com et dont chaque réponse mène à une page qui sert un ClickFix.
Des liens et du code piégés
Pour les liens renvoyés par les IA, même si c'est moins spectaculaire, ça peut aussi faire des dégâts. Dans ce
billet de juillet 2025
, Netcraft raconte par exemple avoir testé un modèle de la famille GPT-4.1 en lui demandant l'adresse des pages de connexion de 50 marques, avec des phrases toutes bêtes du genre "j'ai perdu mon marque-page, où ce que je me connecte sur tel ou tel site".
Et sur les 97 domaines proposés, 34 % n'appartenaient pas à la marque, dont près de 30 % des domaines libres, parqués ou inactifs. Donc forcément récupérables par un escroc...
Et chez Perplexity, une attaque similaire a même été mise en place. Ainsi, quand on lui demandait l'adresse de connexion de Wells Fargo (c'est une banque), le premier lien menait à un faux site sur Google Sites qui captait les identifiants des brebis égarées. Bref, un lien de connexion, soit vous le tapez vous-même, soit vous le gardez au chaud dans vos marque-pages.
Et c'est la même histoire avec le code... Hé oui, par exemple, Netcraft a repéré une fausse API Solana, glissée dans des tutoriels et des dizaines de dépôts GitHub, qui a fini par atterrir dans les suggestions des assistants de code. Du coup, une fois l'API implémentée dans un vrai projet, les transactions partaient vers le portefeuille de l'attaquant. Au moins 5 victimes l'ont copiée dans leurs projets publics, dont certains développés avec des outils d'IA... Donc si votre assistant IA vous propose une API que vous ne connaissez pas, je vous recommande chaudement de la chercher dans la doc officielle avant de l'intégrer.
Les agents IA et leurs skills
Reste maintenant le cas des agents, ces IA qui lisent des pages et font des trucs à votre place. En août 2025,
Brave a montré
, via un proof of concept, qu'un commentaire Reddit, avec des instructions cachées derrière une balise "spoiler", suffisait à retourner la veste de
Comet, le navigateur à agent de Perplexity
. Dès que l'utilisateur demandait le résumé de la page, il récupérait son adresse e-mail sur Perplexity, déclenchait l'envoi d'un code de login 2FA, le lisait ensuite via Gmail et publiait le tout (email + code) en réponse au commentaire.
Source : Brave
Voilà, donc le réflexe, c'est de ne pas confier votre messagerie à un agent qui lit n'importe quelle page.
Et pour les skills, ces petits modules qu'on greffe à un agent, ESET dit en avoir analysé 900 000, dont 25 000 suspectes et plus de 3 000 clairement malveillantes. C'est pourquoi ils proposent un outil gratuit, l'
AI Skills Checker
, pour les passer au crible avant leur installation. Après, le minimum avec une skill, c'est au moins de regarder les permissions qu'elle demande et qui l'a écrite.
Et le phishing ça donne quoi ?
Quant au bon vieux phishing, hé bien il est juste devenu beaucoup moins cher à fabriquer. Dans
une étude sortie fin 2024
, sur 101 participants répartis en quatre groupes, des e-mails de spear phishing entièrement rédigés par IA ont réussi à obtenir 54 % de clics, contre 12 % pour du phishing traditionnel fait par des humains. En fait l'IA permet de viser plus de monde à moindre coût et surtout de personnaliser à grande échelle les contenus de phishing.
Donc dans le doute, si on vous demande de l'argent ou un code, même dans un message impeccable, renseignez-vous avant de cliquer ou de saisir des infos car après, c'est toujours trop tard.
Le filet de sécurité d'ESET
Voilà comme d'hab quand il s'agit de cybersécurité, tout se joue d'abord sur des réflexes à adopter... Mais quand le réflexe est absent, un logiciel peut venir à notre secours et nous servir de filet de sécurité. C'est pour cela qu'ESET propose dans
ESET Internet Security
une "AI Conversation Security" qui analyse chaque réponse de ChatGPT pour détecter si elle contient des sources douteuses et du code malveillant. Et si elle en trouve, elle vous prévient immédiatement.
Ça passe par une extension pour Chrome, Firefox, Edge et Brave et ça ne fonctionne qu'avec ChatGPT.
La page "Confidentialité et sécurité du navigateur" d'ESET affiche les quatre navigateurs pris en charge : Chrome, Firefox, Edge et Brave.
Je l'ai testé sous Windows 11 avec ESET Smart Security Premium 19 et Edge. La fonctionnalité s'appelle précisément "Sécurité des conversations IA" et pour voir si c'est efficace, j'ai demandé à ChatGPT de me sortir les liens vers un fichier de test EICAR et sa chaîne de caractères dans un bloc de code. Si vous ne connaissez pas EICAR, c'est une suite de caractères inoffensive qu'on utilise pour tester le bon fonctionnement des softs d'antivirus.
Et bien sûr, dans ma conversation, le bloc est passé en rouge avec une icône d'alerte, me disant que, je cite, "Cette réponse contient du code dangereux. Son exécution pourrait mettre votre système ou vos données en danger."
Montage de deux zones d'une même capture : l'infobulle d'ESET et le bloc de code marqué d'une icône d'alerte.
Reste qu'EICAR est un motif que tous les antivirus reconnaissent donc ça prouve que l'alerte fonctionne, mais pas qu'elle est infaillible, donc voyez ça comme un "deuxième regard" sur ce qui se passe dans votre chatbot préféré et pas comme un gilet pare-balles.
Le réglage "Analyse des conversations" dans l'extension d'ESET, ici activé.
Notez que cette fonction arrive aussi dans
ESET HOME Security Premium et Ultimate
, et dans
ESET Small Business Security
pour les TPE et les indépendants. Côté agents IA, ces offres d'ESET sont aussi capables de jeter un œil sur ce que l'agent s'apprête à faire, pour repérer ce qui serait louche avant que ça parte définitivement dans vos process. Ouf !
Bref, l'usage de l'IA par les cybercriminels n'aura jamais fini de m'étonner donc soyez très prudents et vigilants. Et n'hésitez pas à vous équiper d'
outils comme ceux d'ESET
pour assurer vos arrières.