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Heretic - Virer la censure d'une IA en une commande

Par : Korben ✨
26 mai 2026 à 08:08

Y'a des entreprises qui claquent des millions pour bien aligner leurs modèles d'IA afin qu'ils refusent toutes les questions sensibles qui font flipper nos amis puritains d'outre-Atlantique et y'a Heretic , un outil signé Philipp Emanuel Weidmann, qui balaye toute censure sur n'importe quel modèle en moins de 30 minutes avec une simple carte graphique de gamer.

Je vous explique... Vous devez avoir Python et une version récente de PyTorch sur votre machine, puis vous tapez pip install heretic-llm, puis heretic Qwen/Qwen3-4B-Instruct-2507 avec le nom du modèle que vous voulez décensurer.

Et l'outil fait alors sa vie et 20 à 30 minutes plus tard, vous récupérez une version du modèle qui a lâché prise sur l'essentiel de ses refus. Pas de dataset à préparer et surtout pas besoin de comprendre les entrailles d'un transformer, avec ce truc !

Dans un modèle aligné, le réflexe de refuser (le fameux "désolé, je ne peux pas vous aider avec ça") correspond souvent à une direction précise dans ses calculs internes. Les chercheurs appellent ça la "direction de refus". Et l'idée de l'abliteration, c'est de repérer cette direction et de la gommer des poids du modèle. En gros, on coupe le câble qui déclenche le "non", en touchant le moins possible au reste.

D'autres outils d'abliteration existaient déjà , mais leur réglage restait largement manuel et il y a aussi des gens comme mlabonne ou huihui-ai qui publient des modèles décensurés en ajustant les paramètres à la main, modèle par modèle, avec des résultats souvent inégaux. Mais Heretic, lui, automatise complètement le réglage. Pour cela, il s'appuie sur Optuna, un framework d'optimisation qui teste des dizaines de configurations et garde les meilleures tout seul. Et son seul objectif c'est de virer un max de refus tout en abîmant le moins possible le modèle d'origine.

Et de ce que je comprends, ça marche super bien ! Sur Gemma-3-12B, le modèle de Google de base refuse 97 fois sur 100 les prompts sensibles du benchmark maison. Mais après un petit passage dans Heretic, il tombe à 3 refus sur 100, soit le même niveau que les meilleures "nettoyages" manuels.

Et surtout, Heretic affiche une divergence de 0,16 là où les versions faites main grimpent à 0,45 voire 1,04 (C'est une mesure de l'écart de comportement sur les questions normales... plus c'est bas, mieux c'est).

Cela veut donc dire qu'il abîme beaucoup moins le modèle au passage.

Maintenant, tous les modèles n'y passent pas, car un gros calibre demande bien plus de VRAM et cela peut grimper à plusieurs heures. De plus, une étude comparative récente montre que le raisonnement mathématique est ce qui souffre le plus de ce genre d'abliteration, quel que soit l'outil utilisé.

Et surtout, y'a déjà des chercheurs qui bossent sur des défenses pour rendre les modèles résistants à ce genre d'attaque. Donc on verra bien, mais tant que c'est possible autant en profiter car des modèles sans bridage, ça permet notamment à des chercheurs d'étudier leurs propres failles, ou pour des usages du quotidien, de faire passer des demandes banales qui seraient bloquées (genre texte créatif, reverse engineering ou demande de conseils médicaux, ce genre de choses...)

Voilà, si vous bidouillez du LLM en local , allez voir ce projet car ça peut vous "ouvrir" quelques portes ^^.

Google neutralise la première cyber-attaque massive générée par une IA

12 mai 2026 à 13:49

Google a balancé l'info via son équipe cyberdéfense, le GTIG (Google Threat Intelligence Group). Des cybercriminels ont utilisé une IA générative pour dénicher et écrire un code d'attaque exploitant une faille inconnue (ce qu'on appelle un zero-day, une vulnérabilité que l'éditeur du logiciel n'a pas encore corrigée).

Et ils s'apprêtaient à lancer une vague d'attaques massives. C'est, d'après Google, la première fois qu'on observe ça dans la vraie vie, pas en labo.

La faille concernait un outil d'administration de serveur open-source très utilisé, dont Google ne donne pas le nom (le temps que tout le monde installe le correctif).

Le bug permettait de contourner la double authentification, le fameux code à 6 chiffres ou la notification sur le téléphone qui sécurise vos comptes. En pratique, il fallait quand même un identifiant et un mot de passe valides au départ, donc ce n'est pas une attaque magique en un clic. Mais une fois ce sas franchi, la 2FA tombait toute seule.

Ce qui a mis la puce à l'oreille des chercheurs, c'est l'allure du script Python utilisé pour exploiter la faille. Trop bien écrit, trop documenté, trop scolaire en fait.

Il était bourré de commentaires pédagogiques (le genre qu'on retrouve dans un tuto pour débutant), il affichait un menu d'aide impeccable, et surtout un score de dangerosité CVSS complètement inventé. Cette dernière trouvaille, c'est l'indice qui ne trompe pas, seul un modèle de langage peut halluciner un chiffre officiel avec autant d'aplomb.

John Hultquist, le chef analyste du GTIG, explique que les IA génératives sont vraiment douées pour repérer ce genre de faille logique de haut niveau, là où les outils d'audit classique (les "fuzzers" qui bombardent un logiciel de données aléatoires pour le faire planter) passent à côté.

Google précise au passage que ce n'est pas Gemini, son propre modèle d'IA, qui a été utilisé. Lequel alors ? Mystère, l'équipe de Mountain View ne le dit pas. On imagine que les criminels n'ont pas demandé poliment l'autorisation à un éditeur d'IA. Affaire à suivre.

Le rapport donne d'autres pépites. Le groupe nord-coréen APT45 utiliserait l'IA pour tester des milliers d'exploits en masse. Des opérateurs chinois liés à l'État expérimenteraient l'IA pour chasser les vulnérabilités.

Des backdoors (des portes dérobées cachées) sur Android interrogent directement Gemini pour piloter les téléphones infectés. Et côté désinformation, des opérations russes intègrent du faux audio généré par IA dans de vraies images d'actualités. Bref, ça bouge de partout.

Bonne nouvelle quand même, la campagne d'attaque massive a été désamorcée. Google a coordonné un correctif discret avec l'éditeur avant que les criminels puissent appuyer sur le bouton. Cette fois.

Bref, l'IA fabrique maintenant des armes prêtes à l'emploi pour les criminels, et personne ne sait quel modèle a fait le boulot. Rien de rassurant donc.

Source : The Hacker News

Robots chiens Unitree - La backdoor que personne ne corrige

Par : Korben ✨
11 mai 2026 à 13:40

Si vous croisez un robot-chien Unitree dans un hall d'HLM, sur un parking, un chantier, ou en train de patrouiller dans votre ville, faut que vous sachiez 2 trucs quand même :

Un, n'importe qui peut le rooter en moins d'une minute avec son téléphone. Et de deux, le robot lui-même envoie en continu un flux chiffré vers un tunnel cloud opéré depuis la Chine. C'est en tout cas ce que Benn Jordan, musicien indépendant et chercheur amateur, vient de démontrer hier dans une enquête de 24 minutes qui fait, comme il le dit lui-même, un meilleur boulot que toute l'infrastructure cybersécurité du gouvernement américain.

Pour le hacker, suffit donc de se connecter au robot en Bluetooth, puis d'injecter une commande curl à la fin du mot de passe Wi-Fi, on éteint le toutou, on le rallume, et au reboot le robot exécute votre commande quand il active le Wi-Fi. C'est tout et c'est vraiment magique !! Pas besoin d'accès root physique donc mais juste un bon vieux téléphone et un Bluetooth pourri !

Le boss !

Alors vous pensez peut-être que ce n'est pas très grave parce que ces robots sont des gadgets mais c'est faux puisque les robots-chiens Unitree sont actuellement utilisés par les services de police de Pullman (Washington), Port St. Lucie (Floride) et Topeka (Kansas) et un peu partout ailleurs dans le monde.

Les Marines américains les déploient en test, certains armés de lance-roquettes, les forces chinoises leur sanglent diverses armes sur le dos depuis un moment et l'Ukraine s'en sert pour repérer des munitions non-explosées. Et dans le civil, ces robots circulent même dans des HLM d'Atlanta pour le compte de sociétés de surveillance privée...

En France, le tableau est un peu différent. Pas de déploiement confirmé par les forces de l'ordre ou l'armée pour l'instant. Chez nous, c'est Boston Dynamics Spot et l' E-Doggy d'Evotech (robot 100% français, utilisé au déminage pendant les JO 2024) qui tiennent ces marchés-là. Les Unitree restent encore dans les labos tels que l' INRIA Paris et le labo HUCEBOT de Nancy qui utilisent le Go2 pour leurs recherches en locomotion robotique.

En dehors de la recherche, le cas le plus avancé est celui d'Orano, qui a testé fin 2025 le G1 humanoïde d'Unitree sur son site nucléaire de Marcoule en partenariat avec Capgemini (c'est un humanoïde, pas un quadrupède, mais même fabricant, même firmware, mêmes questions). Côté distribution, INNOV8 Power est également partenaire officiel Unitree depuis VivaTech 2025 et INGEN Geosciences distribue la marque depuis 2020. Le réseau pour vendre ces robots à des boîtes de sécurité privées françaises est donc déjà bien en place.

Du coup quand un mec démontre qu'on peut en prendre le contrôle complet rapidement, ça mérite qu'on regarde ça d'un peu plus près...

Et quand je dis contrôle complet, c'est pas un excès de langage. Avec cet accès root, Benn Jordan a réussi à enregistrer, télécharger et live streamer l'audio et la vidéo captés par le robot. Sans authentification donc ni même sans passer par l'app officielle. C'est assez dingue... On peut même contrôler les mouvements du robot. Une belle merde donc !

Cette faille n'est d'ailleurs pas une nouveauté absolue puisque j'avais déjà couvert le hack BLE des humanoïdes Unitree en décembre dernier. Et ensuite rebelote en mars dernier avec deux nouvelles CVE sur le Go2, partiellement patchées. La répétition des conneries devient un peu lourdingue chez Unitree...

La deuxième partie de l'enquête, elle, atteint un autre niveau puisque Benn Jordan a entendu parler de rapports affirmant que d'autres robots Unitree contenaient une backdoor envoyant des données à des serveurs étrangers. Il a donc voulu vérifier ça lui-même.

Il a donc transformé un Raspberry Pi sous Linux en routeur avec le mode moniteur activé, et lancé BetterCap pour analyser chaque paquet sortant.

Et là, surprise, le robot refuse purement et simplement de s'authentifier. Le hic, c'est que quelque chose côté serveur cloud détecte que le routeur est anormal et bloque la connexion. En analysant un peu plus finement la connexion, il a remarqué que la première IP chopée au sniff pointait vers Odessa, en Ukraine... Vu qu'aucune doc fabricant ne mentionne ce point d'accès, le truc devient alors officiellement louche... Le robot semble savoir quand il est "analysé" et cette détection d'environnement anormal est précisément le truc qui transforme une affaire de faille classique en problème de sécurité nationale.

Benn Jordan a donc ensuite contourné ça avec un routeur de voyage standard avant de sniffer derrière les paquets, et il a fini par confirmer ce qu'on appelle officiellement la CVE-2025-2894 . Il s'agit d'un tunnel P2P préinstallé sur le Go1 qui se connecte automatiquement au démarrage à une plateforme appelée CloudSail, opérée par une boîte chinoise nommée Zhexi Technology.

Le truc est référencé dans MITRE depuis le printemps 2025, soit environ un an. En 2025, les chercheurs Andreas Makris et Kevin Finisterre ont même chopé la clé API de CloudSail et identifié près de 2000 robots vulnérables sur ce réseau, dont des unités installées au MIT, à Princeton, à Carnegie Mellon et à l'université de Waterloo.

Côté américain, la seule action gouvernementale connue suite à ça, a été une mise en garde des Marines US concernant l'usage de produits Unitree en opérations militaires. Rien d'autre.

Et là on arrive à un point de blocage assez brutal. Les failles démontrées par Benn (le hack Bluetooth, la prise de contrôle complète) et la backdoor CloudSail ne peuvent pas être corrigées en même temps, parce que les solutions se neutralisent mutuellement.

Pour boucher les failles de Benn, il faut passer par une mise à jour firmware officielle d'Unitree. Mais cette mise à jour ferme aussi l'accès root au système. Sans accès root, impossible de détecter ou bloquer le tunnel CloudSail de l'intérieur. Du coup, on a un robot sécurisé contre les hackers, mais des données qui filent quand même vers la Chine.

À l'inverse, si vous gardez le firmware actuel pour maintenir l'accès root (et donc la capacité de surveiller et bloquer CloudSail), les failles restent béantes. N'importe quel inconnu avec un téléphone peut alors prendre le contrôle complet de votre flotte de robots clébards. Bien sûr, couper Internet sur le robot évite les deux problèmes à la fois, mais le rend inutilisable dans la plupart des déploiements opérationnels.

Si vous avez un Unitree à la maison ou en entreprise, voilà la recommandation perso de Benn Jordan. Selon lui, plutôt que d'installer la dernière mise à jour, mieux vaut ne plus jamais mettre à jour le firmware (gardez en tête que c'est son avis radical, pas une bonne pratique standard). Parce qu'à la prochaine mise à jour, vous risquez de perdre la capacité de rooter votre propre robot, et avec elle la capacité de détecter, bloquer ou rediriger la backdoor.

Vous perdrez aussi la possibilité d'écrire manuellement des services qui empêchent les hackers d'exploiter les autres failles. En clair, sa meilleure défense contre Unitree, c'est de figer le firmware actuel.

Un Flipper Zero suffisait déjà à neutraliser un robot-chien de la concurrence, mais ici "couper" le robot de son fabricant pour s'en protéger, c'est un autre délire...

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Scattered Spider - Un cybercriminel arrêté à cause d'un collier en diamants

Par : Korben ✨
6 mai 2026 à 15:06

Y'a des génies du crime, et puis y'a Peter Stokes, alias Bouquet, 19 ans, presque toutes ses dents, double nationalité américano-estonienne, et surtout membre de Scattered Spider, le collectif qui a déjà plumé MGM et Caesars.

Le mec a tellement bien réussi son coup qu'il est parti se payer des vacances à Tokyo, sauf que pour fêter ça, en bon teubé, il a posté sur Snapchat des selfies de sa grosse tête avec un tout nouveau bijou : un collier en diamants HACK THE PLANET. Comme dans le film de 1995 mais en plus bling bling !

Hé bien grâce à ça, le FBI a fini par le coffrer lors de son escale d'Helsinki.

Bouquet (oui, j'ai pas précisé mais c'est son pseudo) opérait donc dans le groupe Scattered Spider, ce collectif d'ados anglophones qui ne s'embête pas avec des failles zero-day parce que de toute façon, ils ne sauraient pas les utiliser.

À la place, ils ont leur propre méthode super technique vous allez voir... ils appellent le support IT de la cible et embobinent un pauvre mec pour qu'il reset le 2FA d'un admin.

Et voilà comment notre cher Bouquet a pu sortir 100 Go de données d'un revendeur de produits de luxe (la plainte désigne sobrement la "Company F", mais ça pue Harrods d'après la presse anglaise) en seulement quelques heures, réclamé 8 millions de rançon, et causé plus de 2 millions de dégâts.

Du coup, plainte fédérale à Chicago, 6 chefs (wire fraud, conspiracy, computer intrusion comme ils disent là-bas avec l'accent cowboy), + extradition vers les USA en cours. C'est le bouquet final pour lui ! (Oui, jeu de mots, roh roh roh).

Tyler Buchanan, 24 ans, autre membre du club, a de son côté déjà plaidé coupable d'avoir empoché 8 millions en crypto via du SMS phishing. Faut dire qu'en 2024, le groupe envoyait fièrement des messages genre "Fuck off, FBI" aux agents fédéraux qui enquêtaient sur eux.

Très rebelles nos kikoulool ! Enfin, comme vous le savez, qui fait le malin tombe dans le ravin, et qui fait le mariole avec un collier finit avec des bracelets ^^. (J'ai pas trouvé mieux, déso... lol)

Bref, Bouquet vient à lui seul d'écrire le chapitre 1 du manuel "Comment ne PAS être un cybercriminel à succès" et dont la règle n°1 est : "Si t'es recherché par le FBI, ne montre pas ton butin sur Snapchat"

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Quand les hackers de Rockstar font monter l'action Take-Two

Par : Korben ✨
6 mai 2026 à 14:35

Énorme retournement de situation. ShinyHunters, le groupe qui avait piraté Rockstar via Anodot mi-avril et exigé une rançon, a fini par balancer ses données sur internet quand l'éditeur a refusé de payer. Le but était de faire mal financièrement à Take-Two, sauf que les chiffres révélés étaient si impressionnants que l'effet a été l'exact opposé. En effet, l'action Take-Two est passée d'environ 202 dollars à presque 208 dollars en une matinée, soit une capitalisation boursière qui a pris à peu près un milliard de dollars dans la foulée. C'est fou !

Ce que les hackers ont mis en ligne, c'est notamment que GTA Online génère plus d'un million de dollars par jour , soit autour de 500 millions par an. Et tout cela, 13 ans après le lancement sur 5 plateformes différentes, simplement grâce aux Shark Cards (les cartes prépayées du jeu). Pour un éditeur qui s'apprête à sortir son GTA 6 en novembre prochain, faut dire que ce genre de stats montre qu'ils ont les reins hyper solides, ce qui rassure les investisseurs.

Bref, au lieu de sanctionner Take-Two pour la fuite de données et la faille Anodot, Wall Street y a simplement vu la confirmation de ce que tout le monde soupçonnait : la machine à cash de Rockstar tourne à plein régime, et un éventuel GTA 6 au même niveau de monétisation, même partielle, ferait exploser les compteurs !!

Rockstar a également publié une déclaration courte et carrée pour dire que la violation n'aurait pas d'impact sur le studio ou le dev de GTA 6. Rien de plus...

C'est donc un retournement de situation assez fou côté où des hackers, en cherchant à frapper l'éditeur au portefeuille, lui ont en fait permis de gonfler sa capitalisation d'un milliard. Difficile de faire pire en termes de coup raté ^^. A moins que les gens de ShinyHunters aient fait un peu de délit d'initié en amont avant de leaker les données... allez savoir ??

Reste à voir si la SEC ou les autorités européennes voudront enquêter sur cette fuite, sachant qu'au passage des données salariés et de joueurs ont aussi été exposées. Quoiqu'il en soit, côté marché, c'est plié et le cours de l'action est resté bien haut !

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Felix "FX" Lindner, le hacker de Berlin-Est qui a forcé Huawei à sécuriser ses routeurs

Par : Korben ✨
30 avril 2026 à 12:27
Cet article fait partie de ma série spéciale hackers . Bonne lecture !

Felix "FX" Lindner est mort le 1er mars 2026 à l'âge de seulement 49 ans. Et si ce nom ne vous dit rien, c'est normal, car FX n'a jamais cherché les projecteurs. Par contre, ceux qui bossent dans la cybersécurité, eux, savent parfaitement qui il était.

Fondateur de Recurity Labs à Berlin, leader du groupe Phenoelit, co-auteur de "The Shellcoder's Handbook", et lauréat du Pwnie Award Lifetime Achievement 2017, Félix avait plusieurs casquettes. Et c'est également celui qui a forcé Huawei à créer une équipe de sécurité dédiée, tout ça grâce à une seule présentation de 45 minutes.

Felix "FX" Lindner, fondateur de Recurity Labs (CCS 2013)

Son pseudo sur Twitter/X c'était @41414141 car en hexadécimal, 0x41 c'est le caractère ASCII 65, la lettre "A". Car 4 "A" d'affilée, c'est le padding classique qu'on balance dans un buffer overflow pour écraser la mémoire. Hé oui même son pseudo était un exploit ! Petit détail au passage : ne le confondez pas avec "fefe", Felix von Leitner, l'autre Felix célèbre de la scène sécu germanophone. La confusion est fréquente, même dans les hommages post-mortem que j'ai pu voir.

Pour comprendre FX, faut remonter à 1977, à Berlin-Est, le côté soviétique du Mur. Gamin, il met les mains sur son premier ordinateur à 6 ans, lors d'une visite à l'Université de Sofia en Bulgarie puis à 10 ans, il programme en BASIC sur un Robotron Z9001 (un CPU U880 à 2.5 MHz, 16 Ko de RAM), qui était à l'époque la machine phare de la RDA (en fait c'était un des rares ordinateurs personnels fabriqués en Allemagne de l'Est). Pas exactement un Commodore 64 donc, mais bon... on fait avec ce qu'on a quand on grandit derrière le Rideau de fer.

Le Robotron Z9001, ordinateur est-allemand sur lequel FX a fait ses premières armes (Wikimedia Commons)

Et puis le Mur tombe.

En novembre 1989, FX a 12 ans et dans les décombres institutionnels de l'Allemagne de l'Est, il découvre un truc improbable : un club informatique rattaché à l'Organisation des Pionniers Ernst Thälmann, le mouvement de jeunesse du régime est-allemand (dissous quelques mois plus tard). C'est là qu'il croise ses premiers hackers, des gamins comme lui, curieux, qui bidouillent sur du matériel en voie de disparition.

Faut dire que Berlin dans les années 90, c'est un sacré terrain de jeu. Le Chaos Computer Club est déjà une institution, les loyers sont bas, l'énergie est dingue. Du coup, FX baigne là dedans tel un enfant de la Réunification, en quelque sorte.

Et c'est au tournant des années 2000, qu'il fonde Phenoelit, un groupe de recherche en sécurité basé à Berlin. Leur spécialité ? Les trucs que personne ne pense à auditer, parce que tout le monde part du principe que c'est sécurisé. Routeurs Cisco, imprimantes HP, systèmes SAP, BlackBerry RIM... tout y passe. Phenoelit, c'est de la recherche bas niveau et du reverse engineering pur et dur.

FX publie alors des outils qui deviennent des classiques. cd00r.c d'abord, une backdoor furtive qui n'ouvre AUCUN port en écoute. Le concept est trop fort puisque la machine écoute discrètement tout le trafic réseau qui passe et ne déclenche un /bin/sh que si elle voit passer un paquet "magique" porteur d'une signature codée en dur. Pas de port ouvert, pas de service à scanner, mais juste un guetteur silencieux qui réagit au bon mot de passe. Le concept inspirera plus tard le port knocking grand public.

Ensuite IRPAS (Internetwork Routing Protocol Attack Suite), un kit complet pour tester les protocoles de routage réseau. CDP, IRDP, HSRP... ces langages que les routeurs utilisent pour se causer entre eux et que personne n'avait sérieusement attaqués avant lui. Tellement utile que la suite finit intégrée dans Debian et Kali Linux. Et puis Ultima Ratio, un exploit remote code execution (RCE) pour Cisco IOS, présenté à la DEFCON.

FX avait un vrai don pour trouver les failles là où personne ne regardait.

Mais l'outil le plus connu du grand public, c'est la Default Password List. Une base de données des mots de passe par défaut de la quasi-totalité des équipements réseau du marché. Routeurs, switchs, imprimantes, caméras... pratiquement tous les pentesteurs de la planète l'ont utilisée au moins une fois. Elle a même fini dans SecLists, la bible du domaine.

Mais FX ne se contentait pas d'attaquer.

En 2010, il développe Blitzableiter (littéralement "paratonnerre" en allemand), un outil anti-exploitation Flash. En gros, ça analyse et reconstruit les fichiers .swf pour neutraliser les malwares, sans se baser sur des signatures CVE. Lors de sa démo à Black Hat USA et DEFCON 18, il balance alors 20 malwares Flash en live et 20 sur 20 bloqués. A une époque où Flash était LE vecteur d'attaque sur le web, c'était du lourd.

Quelque part avant 2007, FX lance Recurity Labs à Berlin. Audit de code C/C++, ingénierie inverse ARM et x86, architecture sécurisée... Il est rejoint par 12 consultants, chacun avec au moins dix ans d'expérience. Pas de marketing flashy, pas de bullshit corporate mais du boulot bien technique, et c'est tout.

FX décroche même un titre de Technicien Informatique Agréé et une certification CISSP, mais bon... c'est pas vraiment pour les diplômes qu'on le connaissait. C'était plutôt pour sa capacité à démonter n'importe quel système et expliquer clairement ce qui merdait dedans.

À partir de 2001, il enchaîne alors les conférences. DEFCON 9, puis 10, 11, 12, 14, 16, 17, 18... Black Hat USA, Abu Dhabi, HITB en Malaisie, PacSec, CanSecWest, Hashdays. Bref, chaque année un nouveau sujet, un nouveau système disséqué. En 2008, c'est le BlackBerry et en 2011, c'est Stuxnet et les systèmes industriels. Il n'est jamais à court de cibles.

Nous sommes maintenant le 11 octobre 2012, à Hack in the Box, Kuala Lumpur. Il y fait une chaleur étouffante, et les hackers du monde entier sont entassés dans l'InterContinental pour une conf qui attire le genre de types qui ne peuvent pas présenter leurs travaux ailleurs (car certains risquent l'extradition).

FX monte alors sur scène avec son sujet : "Hacking Huawei VRP".

VRP, c'est Versatile Routing Platform, le firmware des routeurs Huawei AR et NE. En gros, l'équivalent de Cisco IOS 12.x côté chinois et FX l'a bien sûr totalement disséqué.

Ce qu'il montre alors est accablant. Les routeurs Huawei utilisent des mots de passe statiques par défaut et un seul équipement compromis donne accès à TOUT le réseau. Y'a de quoi s'arracher les cheveux. Ce qu'il dit lors de sa conf résume tout : "Je ne sais pas s'il y a des backdoors, mais ça n'a aucune importance vu le nombre de vulnérabilités."

Et la réaction de Huawei ?

Hé bien pour une fois, plutôt correcte. John Suffolk, leur chef cybersécurité mondial, envoie une équipe d'ingénieurs rencontrer FX directement. Le géant chinois renforce alors son Product Security Incident Response Team (PSIRT, qui existait depuis 2005 mais restait peu visible) et publie des procédures de contact lisibles pour les chercheurs externes. FX racontera plus tard qu'ils ont tenu parole. C'est sa présentation qui a recalibré les pratiques de sécurité d'un des plus gros équipementiers télécoms de la planète.

Puis le 29 décembre 2013, 23h15, Saal 1 du 30e Chaos Communication Congress à Hambourg, FX est dans son élément et cette fois son sujet c'est "CounterStrike: Lawful Interception".

Le 30e Chaos Communication Congress, Hambourg, décembre 2013 (Wikimedia Commons)

L'interception légale, c'est cette fonctionnalité imposée aux fournisseurs d'accès Internet pour permettre la surveillance judiciaire. En clair... une backdoor officielle implantée dans les routeurs. Alors lors de sa conf, FX démontre que ce mécanisme viole le principe fondamental d'un routeur, à savoir transférer les paquets sans fouiller dans leur contenu, et crée ainsi une surface d'attaque massive.

Sa conclusion c'est que contourner la surveillance légale, c'est aussi facile que de tromper un antivirus. Pour lui, les backdoors "légales" ne protègent personne et fragilisent tout le monde. On est 6 mois après les révélations Snowden, et ce que FX démontre techniquement donne encore plus de poids au débat.

Snowden avait sorti les documents. FX en explique la mécanique.

Dans une interview au magazine Ethik und Militär en 2014, FX livrait surtout des opinions tranchées. Il est favorable aux capacités offensives étatiques comme complément aux défenses, mais également hyper critique du manque de responsabilité des éditeurs de logiciels, et pessimiste sur la place de l'Allemagne dans le secteur informatique. C'est pas le genre à tourner autour du pot.

Ceux qui l'ont côtoyé se souviennent également des soirées tardives, après les talks. À l'Alexis Park de Las Vegas, dans les bars de Kuala Lumpur, ou dans les clubs de Berlin, FX était de ceux qui restaient jusqu'au bout.

En 2007, il co-écrit "The Shellcoder's Handbook: Discovering and Exploiting Security Holes" avec Chris Anley, John Heasman et Gerardo Richarte. Un bouquin devenu référence pour quiconque s'intéresse à l'exploitation de vulnérabilités. Dans le milieu, c'est un classique.

Et en 2017, ses pairs lui décernent le Pwnie Award for Lifetime Achievement à la Black Hat de Las Vegas. Les Pwnie Awards, c'est un peu les Oscars du hacking, attribués par un jury de pointures (Travis Goodspeed, Charlie Miller, Katie Moussouris...). Recevoir le Lifetime Achievement, c'est la reconnaissance ultime de la communauté... Du beau monde, pour un prix super mérité.

Puis le 2 mars 2026, Nico Lindner et l'équipe de Recurity Labs publient un court message sur recurity-labs.com : "With heavy hearts, we announce that Felix 'FX' Lindner, a cherished friend, and the founder and owner of Recurity Labs, passed away on 2026-03-01."

FX nous a quittés.

Les hommages affluent alors immédiatement. Daniel Cuthbert, figure historique de l'infosec, écrit sur X : "Everyone today is a hacker in a sense but there are very few OG hackers on which shoulders we stand. Oh dude, Felix 'FX' Lindner you were so much a hackers hacker and you will be missed. RIP my friend and thank you."

Andrea Barisani, Federico Kirschbaum, des dizaines d'autres... Tous disent la même chose. FX était un vrai, quoi. Pas un influenceur sécu sur LinkedIn, pas un conférencier professionnel qui récite des slides. Mais un vrai type qui comprenait les systèmes en profondeur et qui partageait ce qu'il savait.

Felix "FX" Lindner laisse derrière lui des outils que les pentesteurs connaissent et utilisent encore, un livre que les étudiants en sécu continuent de lire, et une boîte qui continue de tourner...

Source | Wikipedia

CANviz - Analyser le bus CAN de sa voiture dans le navigateur

Par : Korben ✨
23 avril 2026 à 13:30

Vous voulez comprendre ce qui se passe dans le cerveau de votre bagnole ? Hé bien pour cela avant, il fallait du matos pro et des suites logicielles à licence annuelle. Mais maintenant, y'a CANviz .

Un pip install canviz, un module USB à quelques balles branché sur le bus CAN de la voiture, et hop, vous accédez à tous les secrets de votre voiture simplement en ouvrant votre navigateur sur localhost:8080. Toutes les trames qui circulent sur le réseau interne du véhicule s'affichent en direct dans un tableau qui défile sans ramer à 2000 fps si j'en crois le README, donc ça envoie !

Ce projet signé Chanchal Dhiman tourne sur n'importe quelle config équipée de Python 3.10 ou supérieur, et côté matériel, CANviz se branche sur plein de bazars tels que les modules à firmware Candlelight (genre FYSETC UCAN autour de 8 balles ou CANable 1.0 autour de 15), les périphériques slcan via port COM, et du matériel sérieux type PEAK PCAN-USB, Kvaser, Vector ou même socketcan sur Raspberry Pi. En gros, si votre clé USB CAN est compatible avec python-can, CANviz la gère !

L'interface décode alors les fichiers DBC (le format de base de données du CAN), donc au lieu de lire des paquets hexadécimaux chelous, vous voyez directement "vitesse moteur = 1450 rpm" ou "position accélérateur = 34%". Vous pouvez aussi filtrer par ID ou par nom de signal, et le filtre se garde dans l'URL. Comme ça, vous pouvez partager une vue à un pote en copiant simplement le lien.

Le truc vraiment pratique, c'est surtout la partie enregistrement. Vous capturez une session en .asc ou .csv, et vous la rejouez plus tard à vitesse variable (de 0.5x pour décortiquer lentement, jusqu'à 10x pour survoler), ou vous forgez vos propres trames depuis l'interface pour tester la réaction d'un module donné. Une API REST et du WebSocket ouvrent aussi la porte aux bricolages en Python, avec une doc interactive accessible sur /docs.

Autre truc malin, vu que c'est un serveur web derrière : vous pouvez déployer CANviz sur un Raspberry Pi planqué dans la bagnole et le consulter à distance en SSH. Par contre, pas de WebUSB ici. L'auteur a explicitement fait le choix de passer par python-can côté serveur pour des raisons de sécurité. L'accès USB reste donc dans le sandbox Python, et le browser ne touche rien. J'avoue, je préfère.

Le projet est sous licence MIT, et est encore jeune, mais l'approche est éprouvée. Pour ceux qui cherchent des alternatives desktop, y'a bien sûr CANgaroo côté Qt, ou SavvyCAN qui tourne aussi en natif. Et si vous voulez bidouiller votre voiture comme Charlie Miller l'a fait avec la Jeep , y'a toujours le Panda de Comma sorti en 2017 avec son soft Cabana.

Bref, pour quelques euros de module USB et un pip install des familles, vous pouvez transformer votre laptop en analyseur CAN niveau pro et ça c'est plutôt classe !

Source

bbDump - L'alternative moderne à pgAdmin, sauce MCP

Par : Korben ✨
23 avril 2026 à 07:00

pgAdmin, l'outil "officiel" pour administrer vos bases PostgreSQL, c'est le type d'interface qu'on n'a pas vraiment envie d'ouvrir un lundi matin ! C'est lent, c'est cheum de ouf en mode figé dans les années 2000 et ça rame sérieusement dès qu'on tente un export un peu costaud. Alors oui je sais, DBeaver, c'est plus joli, mais faut se coltiner Java et un workspace qui traîne au démarrage.

Du coup quand bbDump est passé sur mon radar, j'ai eu envie de creuser un peu. C'est un gestionnaire PostgreSQL moderne, en Electron + Vue + TypeScript, signé par Poups, un dev indé français. L'outil reprend tout ce que vous faites habituellement en CLI (pg_dump, pg_restore, coups d'œil aux tables, schéma de la DB) et met ça dans une interface vraiment propre.

Le dashboard bbDump, tout de suite plus respirable que pgAdmin

Côté fonctionnalités classiques, vous avez ce qu'on attend d'un client PostgreSQL correct. Gestion multi-bases organisée par projet, backups avec liste, restauration, filtre par base, tailles et dates. De leur côté, les tâches planifiées via expressions cron sont configurables par base, et il y a même une visionneuse de logs en temps réel qui trace chaque opération pg_dump.

Ajoutez à ça un navigateur de tables avec édition inline (avec support complet des types), un constructeur de requêtes SQL visuel en plus de l'éditeur brut, l'export CSV, et un diagramme entité-relation interactif via Vue Flow pour visualiser les tables et les clés étrangères. Grâce à bbDump, plus besoin d'aller chercher un outil externe pour comprendre une base héritée d'un projet qui traîne !!

Le schema visualizer en mode ERD interactif, pratique pour décortiquer une base héritée

Mais le vrai twist, c'est l'intégration du MCP (Model Context Protocol) puisque bbDump expose 31 outils MCP aux agents IA, ce qui veut dire que votre Claude d'amour ou votre LLM peut interroger la DB, regarder un schéma, tester une requête. Et comme les mutations passent par un système de confirmation, pas de DROP TABLE à l'insu de votre plein gré !

Je vous avais déjà parlé de cette approche avec Ghidra MCP côté reverse engineering et BrowserWing côté automatisation navigateur. bbDump rejoint donc la famille côté backend de données.

Autre détail sympa, le dev a pensé à la sécurité puisque les backups sont chiffrés en AES-256-GCM, donc si vous synchronisez vos dumps sur un cloud random, pas de panique sur les données sensibles. Sur macOS, y'a même une mini-app menu bar pour accéder aux bases et aux connexions proxy sans ouvrir l'app complète.

Côté installation, c'est facile :

curl -fsSL https://poups.dev/bbdump.sh | bash

sur macOS et Linux (qui reste en beta). Bien sûr, si balancer un script dans bash direct vous fait tiquer (normal), vous pouvez aussi chopper le DMG ou l'AppImage en release sur GitHub et inspecter avant. Le code est sous licence MIT, avec une doc dédiée et une page Ko-fi si vous voulez soutenir le projet. Par contre, rien pour Windows pour l'instant.

Le projet est encore tout jeune puisque sorti fin mars de cette année donc si vous cherchez un outil ultra-stable pour une prod critique, attendez un peu. Mais pour vos projets perso, votre dev local, ou juste pour arrêter de râler sur pgAdmin, ça vaut clairement le coup d'œil.

Bref, un dev français de talent qui se lance en indé sur un créneau pourri d'outils vieillots, avec une vision cohérente et une intégration MCP propre, moi j'aime bien. Je pense que Poups mérite d'être soutenu sur ce coup-là, d'où mon article !

Razor 1911 - Le groupe qui a survécu à tout

Par : Korben ✨
22 avril 2026 à 15:01
Cet article fait partie de ma série spéciale hackers . Bonne lecture !

Il y a quelques jours, lors de la demo party Revision 2026 , dans une salle plongée dans le noir à Sarrebruck, un public de sceners regarde défiler les crédits d'une demo victorieuse. Au milieu des pseudos des graphistes, un nom : Sector9.

Le même mec qui, quarante ans plus tôt, faisait partie des trois gamins norvégiens qui ont fondé Razor 1911.

Le logo historique de Razor 1911, signé JeD / ACiD (via Wikimedia Commons )

La demo s'appelle simplement "Razor 1911", elle dure dix minutes, et sans surprise, elle finit donc par gagner la compo PC et le prix du public. Et ce qu'elle raconte, plan par plan, c'est l'histoire d'un groupe que le Department of Justice américain a qualifié officiellement de "plus ancien groupe de cracking encore actif sur Internet".

Razor 1911 existe depuis que vous écoutez de la musique 8 bit sur cassette audio. Le groupe a traversé l'époque du Commodore 64, de l'Amiga, l'ère du PC, le passage au CD-ROM, au DVD, puis aux ISO torrents, sans oublier la répression fédérale et l'arrivée des protections Denuvo. Et au moment où j'écris ces lignes, leurs cracktros font partie du patrimoine culturel de tous ceux qui un jour ont téléchargé un jeu sur eMule.

Et voilà que, 40 ans plus tard, cette bande de joyeux lurons gagne un prix demoscene où elle se raconte elle-même...

Mais pour comprendre vraiment ce que ça veut dire, il faut que je vous emmène à Oslo lors de cette nuit d'octobre 1985.

Octobre 1985 : Oslo, la naissance de Razor 2992

Imaginez une chambre d'ado dans la banlieue d'Oslo. C'est l'automne norvégien, il fait nuit à 17h, et la seule lumière dans la pièce vient d'un écran CRT qui tire sur le vert. Un Commodore 64 chauffe doucement sur un bureau encombré et dans le lecteur de disquettes, une 5"1/4 tourne avec ce bruit caractéristique de crécelle électrique.

Les ordinateurs domestiques des années 80 qui ont vu naître la scene, Amiga 500 et Atari 520 ST (photo Sam Gamdschie, CC BY 3.0)

Doctor No, Insane TTM et Sector9, trois gamins, viennent de fonder un groupe de cracking. Leur premier nom, très éphémère, c'est Trøndelag Cracking Service, ou TCS. Sauf qu'un groupe anglais utilise déjà les mêmes initiales et ça crée la confusion. Un autre groupe norvégien de la scene, Hellmates, leur suggère alors un nouveau nom : Razor. On est encore à l'automne 1985 et ça s'appelle d'abord Razor 2992, puis en novembre, nouveau changement de nom pour adopter définitivement Razor 1911.

La raison de ce 1911 est géométrique. En hexadécimal, 1911 décimal équivaut à 0x777. Trois fois 7, un par fondateur, soit un joli clin d'œil numérologique qu'ils vont se traîner durant quarante ans. C'est aussi, selon certaines sources d'époque, une pique à tous les groupes de cracking qui abusaient du 666 pour leur côté satanique un peu too much. Razor 1911 choisit délibérément le chiffre opposé. Un détail qui en dit long sur l'esprit de la scene naissante à l'époque.

Leur premier crack, c'est Kik Start, un jeu de motocross sorti par Mastertronic en 1985 sur Commodore 64. Un classique des obstacles parcours sur deux roues que tout le monde avait chez soi. Et c'est précisément là dessus, ce petit jeu vendu pas cher en Angleterre, que nos trois gamins norvégiens vont poser leur première signature sur la scene européenne.

Kik Start (Mastertronic, 1985), le tout premier jeu cracké par Razor 1911 sur Commodore 64 (capture via Lemon64 )

La scene C64 européenne tourne à plein régime à ce moment-là. Les BBS échangent des disquettes par courrier postal, les cracktros fleurissent avec leur ASCII art et leur musique chiptune, les groupes s'affrontent pour la "first release" des jeux populaires. Razor 1911 grimpe alors très vite dans la hiérarchie, mais reste un groupe parmi d'autres. Les vraies légendes de l'époque, c'est FairLight en Suède, The Humble Guys aux US, et TRISTAR & Red Sector Inc côté Allemagne.

Ce qui distingue Razor 1911 à ce moment-là ? Pas grand-chose, en fait.

Enfin, si... une sacrée envie de durer ! Car quand la plupart des groupes de l'époque se dissolvent après deux ans, parce qu'un membre part à l'armée ou qu'un autre se fait piquer son Commodore par ses parents, eux continuent. Et continuent. Et continuent...

Et ils ne le savent pas encore, mais dans trois ans, ils vont devoir tout recommencer sur une nouvelle plateforme.

1987-1993 : du C64 au PC, la guerre des plateformes

Nous sommes maintenant en 1988. Un ado quelque part en Europe lance un jeu piraté sur son Amiga 500 flambant neuf. Avant que le jeu démarre, une intro 3D tourne en 50 fps pendant trois minutes. Des sphères qui tournent, un scrolltext qui envoie des greetings aux autres groupes de la scene, et une musique de tracker composée de huit canaux qu'il va siffler dans sa tête pendant des semaines. Et le logo à la fin ? Razor 1911 !

L'Amiga 500, la machine reine de la scene européenne à la fin des années 80 (photo Bill Bertram, CC BY-SA 2.5)

Entre 1987 et 1988, le C64 commence à fatiguer et Razor 1911 migre alors sur Amiga, la plateforme qui gagne toute la scene européenne. Ils font des demos, ils crackent des jeux, ils sortent des cracktros avec des effets graphiques qu'aucune autre plateforme ne permet. C'est l'âge d'or Amiga. On lance le jeu, on kiffe l'intro, et ensuite on joue.

Razor 1911 ne se contente d'ailleurs pas de cracker des jeux sur Amiga. Le groupe sort aussi des demos pures, des productions artistiques qui font la compét' avec les meilleurs sur la scene démo. En 1991, ils lâchent coup sur coup Yo! avec ses graphismes vectoriels fluides et ses transitions travaillées, puis Voyage, considérée comme leur chef d'œuvre Amiga avec un texture mapping 3D qui fait halluciner tout le monde à l'époque sur un simple Amiga 500. Leur musique trackée 4 canaux est même citée comme parmi les meilleures jamais produites sur la machine.

Voyage par Razor 1911 (1991), un chef d'œuvre avec texture mapping 3D sur Amiga 500 (capture via pouet.net )

Puis au début des années 90, nouveau virage. Le PC IBM prend la main, bon gré mal gré, et Razor 1911 suit le mouvement. Là, c'est une autre scene. Les rivaux changent, et The Humble Guys (THG) débarque en 1989 avec une idée qui transforme tout. Candyman et Fabulous Furlough, les fondateurs de THG, inventent le fichier NFO pour documenter leurs releases, et surtout ils établissent des relations avec les distributeurs pour obtenir les jeux avant leur sortie commerciale. Imaginez un jeu qui apparaît sur les BBS warez AVANT même d'arriver chez Babbage's. THG vient de redéfinir les règles du game.

Razor 1911 doit alors s'adapter, et vite. Ils perfectionnent leur méthode de cracking, recrutent des codeurs, signent leurs cracks avec des intros de plus en plus léchées. À ce stade, une cracktro Razor 1911 c'est un petit morceau d'art. Graphismes pixelisés travaillés pendant des nuits entières, musique, textes ASCII qui défilent, et timings précis pour impressionner un maximum de sceners avant que le jeu démarre. Comme ça, les gars gardent la cracktro pour la montrer aux potes et sans qu'ils ne le sachent, commencent à transmettre une nouvelle culture.

Sauf que les années 90 avancent, et un nouveau support va bientôt tout faire basculer.

1995-2001 : The Punisher et l'ère ISO

En 1995, quelque part en Amérique du Nord, un mec dont personne ne connaît le vrai nom se fait appeler The Punisher. Il passe ses nuits devant une tour beige de PC, ventilateur qui souffle fort, écran 14 pouces, et un clavier mécanique qu'on entendait depuis le salon. Devant lui, un graveur de CD, nouveauté de l'époque, qui met trois heures à "brûler" une rondelle de 600 Mo. Et c'est lui qui va sauver Razor 1911.

Parce qu'en 1995, tout bascule. Les disquettes disparaissent. Les jeux sortent sur CD-ROM, et 600 Mo, ça passe mal sur un modem 14.4k. Razor 1911 pourrait alors disparaître à ce moment-là, comme pas mal de groupes de l'époque qui n'arrivent pas à faire la transition.

Mais heureusement pour eux, The Punisher prend les choses en main et pilote le passage au CD-ripping, puis aux ISO quand ce format devient la norme. Les ISO, pour les plus jeunes, c'est une image binaire complète d'un CD ou d'un DVD, fidèle au bit près. Techniquement plus lourd que les cracks disquette, mais aussi plus propre. Razor 1911 se retrouve alors en tête du peloton et leurs releases circulent sur les topsites (les serveurs FTP ultra-privés de la scene, accessibles sur invitation uniquement), puis se diffusent sur les BBS, et ensuite sur les réseaux peer-to-peer naissants.

À la fin des années 90, le groupe devient l'une des références majeures de la scene, officiellement considéré comme l'un des plus prolifiques au monde. Ils sortent des ISO de jeux AAA quelques heures après la sortie commerciale, parfois même avant. Le palmarès est impressionnant : Quake, Warcraft II, Warcraft III, Red Alert, Terminal Velocity... Tous les hits du moment, tous disponibles sur les topsites Razor avant que les boîtes n'arrivent dans les rayons des Babbage's ou des CompUSA. Le Department of Justice citera explicitement ces titres dans son acte d'accusation, pour donner la mesure du phénomène.

La scene de l'époque pointe un autre leader que The Punisher : un certain The Renegade Chemist, souvent mentionné dans les fichiers NFO des releases. Quand l'opération Buccaneer va tomber, le FBI désignera Shane Pitman ("Pitbull") comme leader officiel, mais dans la scene, beaucoup disent que le vrai pilote au moment du raid, c'était The Renegade Chemist. Deux versions différentes de la même histoire, selon qu'on lise un rapport fédéral ou un NFO d'époque.

Et c'est là que ça devient dangereux.

Parce que quand vous êtes trop visibles, très rapides et très bons, il y a un moment où le FBI le remarque. Et en 2001, les fédéraux américains préparent quelque chose d'inédit dans l'histoire de la poursuite des groupes warez.

À Washington, dans un bureau de l'US Customs Service, un procureur imprime une liste. Dessus, des pseudos. Et surtout des adresses.

11 décembre 2001 : Operation Buccaneer

Conover, Caroline du Nord, ce matin-là. Shane Pitman, 31 ans, est au boulot quand son téléphone sonne. Au bout du fil, un agent du FBI et ce qu'il lui dit est glaçant : ils sont devant chez lui avec un mandat, alors il a intérêt à rentrer immédiatement ouvrir la porte, sinon ils rentrent eux-mêmes à coups de bélier.

Pitman quitte son bureau, monte dans sa voiture, et roule jusqu'à chez lui. Arrivé sur place, il trouve sept à huit véhicules du FBI et des douanes garés devant sa maison. À peine sorti de sa voiture, plusieurs agents en équipement d'assaut, gilets pare-balles et écussons "FBI" dans le dos, l'entourent, le plaquent sur le capot et le fouillent. Des années plus tard, dans une interview qu'il donnera sur un forum public, il racontera ce moment en expliquant que, je cite : "On aurait dit que j'étais Saddam Hussein ou quelque chose comme ça". Pour un mec qui distribuait des copies crackées de Warcraft, le dispositif était effectivement un peu surdimensionné.

Au même moment, à Richmond en Californie, Sean Michael Breen, 38 ans, se fait embarquer dans les mêmes conditions. Et à la même heure, dans cinq autres pays, Canada, Royaume-Uni, Australie, Finlande, Norvège, Suède, soixante autres personnes se font alpaguer simultanément.

C'est l'opération Buccaneer. 62 suspects visés, 70 mandats de perquisition, 150 ordinateurs saisis en une matinée et des pistes suivies dans 20 autres pays. C'est la plus grosse offensive coordonnée jamais menée contre la scene warez de l'histoire.

Reconstitution de l'opération Buccaneer - Image IA

Et les groupes visés ne sont pas que Razor 1911. Il y a aussi DrinkOrDie (DoD), RiSC, RequestToSend (RTS), ShadowRealm (SRM), WeLoveWarez (WLW), POPZ. Soit toute la tête de gondole de la scene cracker Internet de l'époque. Le FBI a passé 14 mois en investigation undercover, infiltré les serveurs, recoupé les pseudos, remonté les identités. Une opération patiente, méticuleuse, invisible. Certains membres sont alpagués à leur domicile, d'autres à leur travail, d'autres à la fac pendant qu'ils sont en cours.

Parmi les prises les plus symboliques, il y a aussi Christopher Tresco, 24 ans, connu sous le pseudo "BigRar". Pas un membre de Razor 1911 celui-là, mais de DrinkOrDie. Et accessoirement administrateur système du département d'Économie du MIT. Un boulot idéal pour héberger des topsites warez sur les serveurs d'une des plus prestigieuses universités américaines, ce qu'il faisait tranquillement jusqu'à ce matin du 11 décembre. Il prendra 33 mois de prison fédérale.

Le 6 juin 2003, Shane Pitman est condamné à 18 mois de prison fédérale pour conspiration de violation du copyright par le juge James Cacheris à Alexandria, Virginie. Le 10 février 2004, dans une cour d'Oakland, Sean Michael Breen prend 50 mois devant la juge Saundra Armstrong. C'est la peine la plus lourde de toute l'opération Buccaneer. Le chiffre qui sort lors du procès est vertigineux : Breen aurait distribué pour près d'un demi-million de dollars de jeux crackés sur une décennie. En plus de la prison, il doit donc verser 690 236,91 dollars de restitution au seul Cisco Systems. Au total, 22 personnes seront condamnées pour felony copyright infringement dans le cadre de Buccaneer.

Sur le papier, le groupe est décapité. Les leaders sont en taule ou en attente de jugement. Les membres restants se planquent, changent de pseudo, se disséminent. La communauté pense alors sincèrement que Razor 1911 est mort, tout comme DrinkOrDie qui ne se relèvera jamais.

Sauf que non.

22 juin 2006 : le retour, et la demoscene

Le 22 juin 2006, 5 ans et demi après Buccaneer, sur les topsites privés de la scene, une release apparaît silencieusement. Un vieux logo familier dans le fichier NFO, sans annonce triomphante. Juste un fichier qui commence à circuler. Les sceners qui le voient passer s'arrêtent une seconde. Puis sourient.

Razor 1911 est de retour.

Le groupe reprend le rythme, s'adapte aux nouvelles protections, signe ses cracks avec des cracktros modernisées. Au milieu des années 2010, ils sont de nouveau parmi les plus prolifiques du monde à cracker les nouveautés. Comme si Buccaneer n'avait jamais existé.

Puis arrive Denuvo, LA protection anti-copie hardware-assisted qui fait trembler toute la scene pendant des années. Razor 1911 y laisse des plumes, comme tout le monde. Les méthodes évoluent. Certains membres s'orientent alors vers la demoscene pure, tandis que d'autres continuent à cracker. Au bout du compte, les hyperviseurs finissent par contourner Denuvo en quelques heures . Le groupe mute, mais reste vivant.

Certaines sources affirment même que Razor 1911 se serait dissous vers 2012, ce qui est factuellement contredit par leurs releases récentes, notamment une cracktro pour Red Dead Redemption 2 sortie en mai 2024 et la demo de Revision 2026 dont on va parler juste après.

Entre temps, une autre histoire complètement dingue va éclater en 2023. Un joueur de GTA nommé Vadim M. remarque un truc bizarre en fouillant les fichiers des jeux Rockstar vendus sur Steam. Plusieurs titres, notamment Manhunt, Max Payne 2 et Midnight Club II, contiennent dans leurs exécutables des morceaux de code qui correspondent exactement aux cracks Razor 1911 de 2003. Rockstar Games, filiale de Take-Two, aurait tout simplement récupéré les versions crackées par Razor 1911 pour contourner ses propres DRM obsolètes et les revendre sur Steam.

Analyse du binaire de Midnight Club de Rockstar ( source )

Le comble, c'est que Rockstar a trifouillé le crack en question, ce qui a introduit des bugs sur Windows Vista et au-delà. Le message que ça donne c'est que même les studios qui chassent les reverse engineers en justice sont obligés, à un moment, d'utiliser leur travail pour faire tourner leurs propres jeux.

Et voilà... Tout ceci nous amène jusqu'à il y a quelques jours, quand lors de la Revision 2026 (la plus grosse demoparty mondiale, qui se tient tous les ans à Sarrebruck), Razor 1911 sort une demo PC de dix minutes titrée simplement "Razor 1911". Un voyage audiovisuel à travers les différentes époques du groupe. Windows 95, SoftICE, pixel art C64, effets Amiga et j'en passe... Le tout scripté avec des musiques signées brghtwhtlghtnng, zabutom et Ziphoid. Le concept est porté par Flopine, Anat, dubmood et goto80 et le code est signé rez, replay et blkpanther. C'est incroyable !

Et surtout dans les credits graphiques, un nom, celui de Sector9. Le même Sector9 qui, en octobre 1985, regardait une disquette tourner dans un C64 depuis sa chambre à Oslo. 40 ans plus tard, il est toujours à la table, toujours à faire du pixel art pour son groupe.

Je pense que vous comprenez maintenant pourquoi Razor 1911 n'est pas juste un groupe warez mais une vraie institution culturelle !

La longévité de ce groupe dépasse largement l'existence de la plupart des entreprises tech. Plus long que le leadership de Microsoft, plus long que l'histoire commerciale d'Apple sur le marché grand public, plus long que n'importe quelle plateforme de jeux vidéo encore active aujourd'hui. Razor 1911 a survécu au C64, à l'Amiga, à Windows 3.1, 95, XP, 7, 10, 11. Ils ont survécu aux BBS, à IRC, à eDonkey, à BitTorrent. Ils ont même survécu au FBI.

Et s'ils ont traversé les époques, c'est parce que la scene n'est pas un business. C'est une pratique culturelle qui se transmet de génération en génération, avec ses règles, son vocabulaire, ses rivalités, ses codes d'honneur bizarroïdes.

Des générations entières de développeurs et de chercheurs en sécurité sont passés par la scene avant de devenir des professionnels reconnus dans l'industrie. Je pense par exemple à Jonathan James ou Ehud Tenenbaum à l'époque. Razor 1911 illustre cette trajectoire fascinante où l'art, le crime et la passion se mélangent dans des proportions variables selon les décennies. Et le reverse engineering qui sert aujourd'hui à la recherche en sécurité, est exactement le même savoir-faire qu'avait celui qui crackait un jeu Amiga en 1990.

Bref, 40 ans après, la bande est toujours là, et rien que pour ça, chapeau bien bas !

Sources : Wikipedia | Wikipedia Operation Buccaneer | Waxy.org | DOJ Pitman | DOJ Breen | Interview Pitbull Defacto2 | MIT Technology Review | BleepingComputer Rockstar | Defacto2 | Les NFO de Razor1911

Un Pokémon piégé depuis 15 ans dans un Pokéwalker, et l’issue est terrible pour la pauvre bête

Par : Korben
7 avril 2026 à 15:04

Un passionné a tenté de récupérer son Pokémon coincé dans un Pokéwalker, ce petit podomètre vendu avec Pokémon HeartGold sur DS en 2009, après avoir perdu la cartouche de jeu.

Entre reverse engineering du protocole infrarouge et manipulation du générateur de nombres aléatoires, la tentative est bien technique. Et le résultat est plutôt cruel, pour une raison que personne n'avait anticipée…

Un Pokémon sans cartouche, un vrai problème

Le Pokéwalker, pour ceux qui ne s'en souviennent pas, c'était ce petit podomètre vendu avec Pokémon HeartGold et SoulSilver sur Nintendo DS en 2009. Le principe était simple : vous transfériez un Pokémon de votre partie vers cet accessoire, vous le glissiez dans votre poche, et chaque pas comptait pour gagner des points et débloquer des objets.

Le tout communiquait avec la cartouche DS par infrarouge. Sauf que voilà, si vous perdez la cartouche (ce qui arrive plus souvent qu'on ne le croit après 15 ans), votre Pokémon reste coincé dans le Pokéwalker. Pas de cartouche, pas de transfert retour. C'est exactement le problème auquel s'est retrouvé confronté Etchy, un créateur de contenu spécialisé dans Pokémon Gen 4.

Du reverse engineering à l'ancienne

Le travail de fond, c'est Dmitry qui l'avait fait il y a quelques années en décortiquant complètement le Pokéwalker. A l'intérieur : un microcontrôleur Renesas H8, une EEPROM de 64 Ko, un accéléromètre Bosch et un émetteur infrarouge générique. La communication entre la cartouche et le Pokéwalker passe par un protocole IR à 115 200 bauds, et chaque octet est simplement XOR avec 0xAA avant envoi.

Dmitry avait même réussi à exécuter du code arbitraire sur l'appareil en exploitant un débordement de buffer dans la décompression. Etchy s'est appuyé sur tout ce travail pour tenter sa mission de sauvetage. Son idée : créer une nouvelle sauvegarde avec les bons identifiants pour tromper le Pokéwalker.

Le dispositif ne vérifie que la version du jeu (HeartGold ou SoulSilver), la région et les identifiants du dresseur. En manipulant le générateur de nombres aléatoires du jeu, Etchy a réussi à générer une sauvegarde avec des IDs correspondants.

Le fantôme dans la machine

Et ça a marché. En partie. Le Pokéwalker a accepté la connexion et transféré les données du Pokémon. Sauf que le vrai identifiant unique du Pokémon, son PID, celui qui définit ses stats, sa nature, son apparence, n'existe que sur la cartouche d'origine.

Le Pokéwalker ne stocke qu'une version allégée des données : l'espèce, les attaques, l'objet tenu, le genre. Le PID, lui, restait sur la cartouche perdue. Du coup, le Pokémon récupéré n'est qu'une copie incomplète. Ca ressemble à votre Typhlosion, ça porte son nom, mais ce n'est pas vraiment lui. Comme le résume Etchy dans sa vidéo : il n'y a pas de moyen de sauver un Pokémon piégé dans un Pokéwalker.

C'est le genre d'histoire qui parle à tous ceux qui ont grandi avec une DS dans la poche. On a tous eu ce moment où un accessoire, une sauvegarde ou un périphérique finissait au fond d'un tiroir, avec des données qu'on pensait sans importance.

Etchy et Dmitry montrent qu'il y a une vraie communauté prête à passer des heures sur du reverse engineering pour trois octets de données. C'est beau et un peu absurde en même temps. Le plus cruel dans l'histoire, c'est que Nintendo n'avait visiblement pas prévu qu'on puisse perdre sa cartouche tout en gardant le Pokéwalker. Bref quinze ans plus tard, votre Typhlosion attend toujours dans son petit boîtier, et personne ne viendra le chercher.

Source : Hackaday

Faire du Hackintosh comme en 1988

Par : Korben
31 mars 2026 à 07:02

Vous pensiez que le hackintosh, c'était un truc des années 2000, quand Apple est passé sur Intel ? Raté les amis ! Hé oui, dès 1988, des bidouilleurs assemblaient des Mac-compatibles avec des pièces de PC, bien moins chères que le matos Apple officiel.

Et un youtubeur vient justement d'en recréer un de A à Z !

Le gars de la chaîne This Does Not Compute avait récupéré un Macintosh SE dont la carte mère originale avait été remplacée par un accélérateur CPU pour une autre vidéo. Du coup, comme la carte mère d'origine traînait dans un tiroir, il s'est dit que ce serait cool de s'en servir pour explorer la scène du clone Mac DIY de la fin des années 80.

Parce qu'à l'époque, un Macintosh SE neuf coûtait dans les 2 500 dollars. Et la carte mère avec son processeur Motorola 68000, c'était le seul composant vraiment indispensable pour faire tourner System 6. Tout le reste, boîtier, alimentation, lecteur de disquette, moniteur, pouvait venir de fournisseurs tiers. Des revues spécialisées publiaient carrément des guides pour construire sa propre machine compatible... Donc il fallait juste une carte mère Apple + des composants PC à trois francs six sous, et vous aviez un Mac fonctionnel pour une fraction du prix officiel !

Le youtubeur a donc repris ce concept... version 2026. Le boîtier est imprimé en 3D avec du PLA beige (obligatoire pour le look années 80, faut pas déconner). Côté modernisation, il a ajouté une carte de sortie VGA, un BlueScsi qui émule un disque dur SCSI avec une simple carte SD de 32 Go (parce que bonne chance pour trouver un disque SCSI 50 broches fonctionnel en 2026), et une alimentation compacte qui ne prend pas la moitié du boîtier. Le lecteur de disquette 3,5 pouces, par contre, est bien d'époque.

Sans oublier évidemment une carte mère Apple d'origine pour que ça fonctionne. Pas moyen de tricher avec un clone chinois, désolé ! Mais ça permet de garder l'âme du truc !

D'ailleurs, le mot "hackintosh" a pas mal changé de définition au fil des décennies. Dans les années 80, ça désignait ces machines bricolées à partir de composants Apple et PC, puis Apple est passé sur PowerPC en 1994, et le concept s'est un peu perdu. Quand les premiers Macs Intel sont alors sortis en 2006, le terme a été recyclé pour désigner les PC faisant tourner macOS en douce. Et maintenant qu'Apple est sur ARM avec ses puces M1/M2/M3... le hackintosh Intel est quasiment mort car on ne peut pas facilement émuler l'architecture ARM sur du x86 grand public.

Alors revenir à cette définition originelle, c'est pas juste de la nostalgie, c'est presque un hommage.

Perso, ce qui me plaît dans ce projet, c'est que ça nous rappelle que la bidouille a toujours existé. Bien avant les forums tonymacx86 et les tutos OpenCore, y'avait déjà des gens qui refusaient de payer le prix Apple et qui se débrouillaient autrement. C'est exactement dans le même esprit que ceux qui reconstruisent des Brewintosh en impression 3D ou qui fabriquent le plus petit hackintosh du monde .

Voilà, si le rétro-computing et la bidouille Mac vous parlent, foncez voir la vidéo sur This Does Not Compute !

Source

La Xbox One enfin hackée après 12 ans d'invincibilité

Par : Korben
16 mars 2026 à 11:40

La Xbox One n'a jamais été hackée ! Eh oui, depuis 2013, la console de Microsoft narguait la communauté du reverse engineering pendant que les PlayStation, les Switch et autres 3DS tombaient les unes après les autres. Microsoft la décrivait même comme "le produit le plus sécurisé jamais créé" mdrrrr.

Bon bah c'est fini comme vous vous en doutez car à la conférence RE//verse 2026 à Orlando, Markus "doom" Gaasedelen a réussi à exécuter du code arbitraire sur le boot ROM de la console, autrement dit c'est un hack hardware impossible à corriger.

Du coup, comment on casse un truc réputé incassable ?

Eh bien toute la sécurité de la Xbox One repose sur un minuscule processeur ARM Cortex R4, le Platform Security Processor (PSP), planqué dans un coin du SoC AMD.

Ce PSP contient un boot ROM gravé directement dans le silicium... et c'est le seul composant que Microsoft ne peut pas mettre à jour. L'architecte de la sécu Xbox, Tony Chen, l'avait dit lui-même en 2019 : "le seul bug logiciel dont on ne peut pas se remettre, c'est un bug dans le boot ROM".

Le die shot du SoC Xbox One. Le PSP est planqué tout en bas à droite.

Sauf que Markus n'a pas cherché de bug logiciel, parce y'en a pas. Le code du boot ROM est linéaire, hyper audité, sans la moindre faille. Du coup, il est passé par le hardware avec du voltage glitching.

Le principe c'est de faire s'effondrer brièvement le rail d'alimentation du processeur (en gros, on colle un MOSFET sur le rail et on tire la tension vers le bas pendant 100 à 200 nanosecondes) pour corrompre l'exécution d'une instruction. Et Microsoft avait quand même blindé le truc en prenant soin de ne pas mettre de pin reset accessible, pas d'UART, pas de JTAG, pas de post codes de diagnostic (désactivés par des fusibles), et surtout 37 stalls randomisés qui décalent le timing du boot à chaque démarrage. En gros, c'est comme essayer de crocheter une serrure dans le noir, avec des moufles, et la serrure qui change de position toutes les 2 secondes.

D'ailleurs, c'était la première fois que Markus faisait du glitching de sa vie. Au début, il a galéré sur le mauvais rail d'alimentation (la tension 1.8V, finalement un cul-de-sac) avant de trouver le bon (le North Bridge core). Et là, en balançant ses impulsions de voltage au bon moment, il a réussi à activer les post codes que Microsoft avait désactivés par fusibles. Premier signe que la bête était vulnérable !!!!

Le setup de glitching : oscilloscope, carte mère Xbox One et fils partout.

Ensuite, il a ciblé les opérations memcopy du boot ROM, là où les données contrôlées par l'attaquant transitent dans les registres du processeur. Un glitch bien placé pendant un memcopy, et hop, le pointeur d'instruction du processeur part n'importe où. Résultat : 0x41414141 qui sort sur le bus I2C, la preuve qu'on contrôle l'exécution du boot ROM !

Bon par contre, il était enfermé dans un "user jail", une sandbox ARM avec seulement quelques Ko de code accessible. Et c'est pas si simple d'en sortir.

0x41414141 sur le bus I2C. ROP'd OUT MY POST CODE !

Et là, coup de génie du mec : un double glitch sur le même boot.

Le premier casse la boucle d'initialisation du MPU (la protection mémoire ARM, les 12 régions qui créent les jails), le second hijack le pointeur d'instruction pendant le memcopy.

Combiner les deux sur un seul démarrage, c'est du genre 1 chance sur 100 par glitch, soit environ 1 sur 10 000 pour le combo donc autant dire qu'il faut laisser tourner la machine des centaines de milliers de fois. Mais ça marche !! Avec le MPU désactivé et le pointeur d'instruction sous son contrôle, Markus obtient alors l'exécution de code en mode superviseur, avant même que le boot ROM n'ait vérifié les signatures ou déchiffré quoi que ce soit.

Bingo !! Et les conséquences sont radicales puisque grâce à ce hack, il peut maintenant déchiffrer tous les jeux, les firmwares et les mises à jour passés, présents et futurs.

Il peut aussi dé-pairer les NAND et lecteurs optiques pour la réparation. Et comme c'est gravé dans le silicium, c'est impatchable, comme le Reset Glitch Hack de la 360 à l'époque. Pour l'instant, ça concerne uniquement le modèle Xbox One Fat de 2013.

Ah et petit détail croustillant.... Microsoft avait prévu des moniteurs anti-glitch dans le SoC pour détecter les perturbations de voltage, mais sur les premières révisions ils n'arrivaient pas à les stabiliser, du coup ils les ont désactivés par fusibles. Pas de bol. Après sur les modèles suivants (One S, One X) ils sont activés, mais Markus pense que ses techniques pourraient quand même être adaptées.

Le boot flow du PSP. Le hijack se produit à l'étape 4, avant toute vérification crypto.

Le plus dingue c'est que le hack en version finale ne nécessite que 3 fils soudés sur la carte mère ! Tout le reste, les dizaines de sondes à crochet, l'oscilloscope 4 voies, l'analyseur logique branché sur le bus I2C et les GPIO, c'était juste pour comprendre ce qui se passait.

Et le fait qu'il ait construit un émulateur du boot ROM avec l'aide de l'IA pour étudier le comportement du processeur, je trouve ça encore plus incroyable !

Bref, je vous laisse avec la conf en intégralité pour les plus motivés :

Et voilà comment 12 ans de "IMPOSSIBLE À PIRATER" se termine avec 3 fils soudés et 2 glitches bien placés. Pas mal !

Bravo Markus !

Russian Hackers Target Signal and WhatsApp Accounts, Dutch Intelligence Warns

10 mars 2026 à 17:24

Dutch intelligence says Russian state hackers are compromising Signal and WhatsApp accounts with phishing and linked-device tricks, underscoring how account security can fail even when encryption holds.

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Un moddeur fait tourner GTA 5 en ray tracing sur une PS5 sous Linux

Par : Korben
9 mars 2026 à 11:18

Andy Nguyen, chercheur en sécurité informatique, a réussi à installer Linux sur une PlayStation 5 et à faire tourner GTA 5 Enhanced Edition en 1440p à 60 images par seconde, ray tracing activé. La console se transforme alors en une sorte de « Steam Machine ». Mais l'exploit ne fonctionne que sur les toutes premières PS5, celles qui n'ont jamais été mises à jour depuis leur achat.

GTA 5 Enhanced en 1440p à 60 FPS

Le résultat est assez bluffant. Andy Nguyen, connu sous le pseudo theflow0, a partagé une vidéo montrant GTA 5 Enhanced Edition qui tourne à 60 images par seconde en 1440p avec le ray tracing activé, le tout sur une PS5 standard, pas la Pro. Le processeur tourne à 3,2 GHz et le GPU à 2,0 GHz, des fréquences volontairement bridées parce que la console commence à surchauffer au-delà. En théorie, le CPU pourrait monter à 3,5 GHz et le GPU à 2,23 GHz, mais le système de refroidissement ne suit pas. La sortie vidéo 4K en HDMI fonctionne, le son aussi, et tous les ports USB sont opérationnels. Pour les pilotes graphiques, Nguyen a travaillé avec le projet open source Mesa pour ajouter le support du GPU de la PS5.

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Un exploit réservé aux premières PS5

Pour faire tourner Linux sur la console, il faut passer par un exploit appelé Byepervisor, développé par la communauté PS5Dev. Ce hack contourne l'hyperviseur de Sony, la couche de sécurité qui empêche l'exécution de code non autorisé sur la console. Sauf que l'exploit ne marche que sur les firmwares 1.xx à 2.xx, les tout premiers sortis au lancement de la console fin 2020. Si vous avez connecté votre PS5 à Internet ne serait-ce qu'une fois, il y a de grandes chances que le firmware ait été mis à jour automatiquement. On parle donc clairement de consoles qui n'ont pas bougé de leur boîte depuis plus de cinq ans.

La PS5 transformée en Steam Machine

Nguyen a promis de publier les instructions « avant la sortie de GTA 6 ». Le projet transforme la PS5 en ce qu'il appelle une « Steam Machine », un clin d'œil aux consoles de Valve qui avaient tenté de combiner PC et salon en 2015. Et il y a un argument qui tient la route : avec le prix actuel de la RAM, une PS5 d'occasion toujours équipée de l'ancien firmware pourrait coûter moins cher qu'un PC à performances équivalentes pour jouer sous Linux. Mais bon, encore faut-il trouver une PS5 qui n'a jamais vu la couleur d'une mise à jour, et ce n'est pas exactement le genre de chose qu'on déniche facilement. Si vous en avez une qui traîne, il y a peut-être moyen de vous faire un peu de sous avec !

Quoi qu'il en soit, c'est du beau boulot. On est là sur de l'ingénierie de haut vol, même si on est hélas quand même loin de la bidouille grand public.

Source : XDA Developers

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